Pourquoi s'initier au portage du bébé ?

Pleurs et coliques du nourrisson

La proximité corporelle est essentielle pour le bébé et permet à sa mère de répondre plus vite aux signaux qu’il émet, souvent sans même qu’il ait besoin de pleurer.
Un enfant rassuré, en sécurité, et à qui l’on répond sans délai, pleure moins.
Dans les sociétés où on les porte constamment, les bébés ne pleurent que très rarement. Une étude menée par Us Unziker et Ronald Barr de l’université Mac Gill au Canada est venue corroborer ces constations. Ils ont comparé les bébés des mères auxquelles on avait demandé de les porter davantage aux bébés du groupe contrôle. Ils ont constaté 43% de pleurs en moins sur 24 heures et jusqu’à 51% de pleurs en moins en soirée (de 16h à minuit).
Enfin ils concluaient que le portage pouvait être particulièrement bénéfique pour les bébés atteints de colique. Les porter de façon systématique permettrait sans doute de prévenir, du moins en partie, ces épisodes douloureux pour l’enfant et préoccupants pour les parents.

Bébé dort

L’enfant porté pleure moins car il se sent en sécurité. Le sommeil est également facilité. Le bébé s’endort beaucoup plus facilement contre son parent. Bercé par les mouvements du porteur, il reste endormi le temps nécessaire. Il semblerait même que les enfants qui sont portés longtemps pendant la journée dorment mieux la nuit.

Portage et motricité

Le portage stimule le système nerveux du bébé et notamment son système vestibulaire, siège de l’oreille interne qui contrôle l’équilibre. Un enfant porté développe une excellente motricité.
Il est courant de voir en Afrique, où le portage est pratiqué d’une façon intensive, des bébés beaucoup plus précoces en termes de motricité.
M. Geber, étudiant entre 1950 et 1960 des nourrissons Baganda vivant en Ouganda dans leur milieu traditionnel, a montré la surprenante avance du développement de l’enfant africain comparé à celui des enfants européens ou américains du même âge. Cette avance remarquable concerne surtout le développement moteur mais également le développement intellectuel ou affectif. La précocité de l’enfant africain existe dès la naissance : le comportement psychomoteur, le regard du nouveau né surprennent par leur avance. L’enfant peut garder la station assise prolongée dès 4 mois, marche à 9 mois, peut courir à 12 mois (24 mois en moyenne pour un enfant européen). La motricité fine est acquise tôt : la préhension fine avec la pince pouce-index est acquise dès 8 mois.
M. Geber a particulièrement souligné la relation entre la précocité des nourrissons observés et les conditions de leurs relations familiales :

  • L’enfant baganda est toujours désiré et considéré comme la richesse du clan. Il est attendu avec d’infinies précautions.
  • Dès la naissance, il retrouve un contact physique intime avec sa mère : il est couché sur son ventre, qui le garde serré contre son corps, peau contre peau. La mère l’allaite à la demande, la nuit comme le jour, le laisse rarement seul, reste allongée près de lui ou le porte au dos.
  • Elle répond à ses moindres manifestations et ne se trompe pas sur leurs significations respectives. Centre d’intérêt de la mère et de toute la famille, il est présenté dans toutes les situations de la vie quotidienne et est constamment sollicité par les spectacles, les paroles et les gestes de son entourage, préparation des repas, marché, visites, corvées d’eau, travaux divers, palabres, bénéficiant ainsi de stimulations proprioceptives, tactiles, auditives,verbales et visuelles très variées. Par ailleurs, et surtout du fait du portage, il est amené tôt à agir sur son environnement humain immédiat sur un mode actif : s’agripper, se redresser, tenir sa tête pour qu’elle ne ballotte pas, s’approcher du sein de sa mère pour téter, etc.

Tout au long de la première année et d’une grande partie de la deuxième, ces facteurs de milieu très bénéfiques favorisent un développement et un épanouissement rapide. Mais surtout semble importante la sécurité émotionnelle dont bénéficie le jeune africain, du fait de la fréquence des échanges tactiles et de corps à corps.
Cette même précocité a été observée dans d’autres cultures traditionnelles qui partent d’un même nombre d’expériences : bébés nourris à la demande jour comme nuit, soumis à des stimulations tactiles, portés au dos et dormant dans le lit de leur mère.
En occident, nous ne pouvons que constater l’évidente précocité chez les bébés maternés. Acquisition de la marche vers 10 mois, en autonomie et sérénité. Bien sûr, nous ne voulons faire aucune généralité et tenons à souligner que chaque enfant a son propre rythme et qu’il n’est pas question de compétitivité.

Pourquoi une écharpe plutôt qu’un porte-bébé ?

Extrait du livre : « Bébé est là, vive Maman » du docteur Bernadette de Gasquet :

Deux points de vue sont à considérer, celui du bébé bien sûr mais également celui du porteur, ou surtout de la porteuse. En effet le choix du porte-bébé est particulièrement crucial pour la mère car la période de suites de couches est un moment de grande fragilité pour le dos, le ventre, la statique générale et le périnée.

Observons d’un point de vue mécanique les porte-bébés qui sont proposés habituellement:

L’enfant n’est plus dans une position fœtale. Il est assis, jambes pendantes. Son corps est alors à la fois en extension et en tassement. Dès lors, rien ne le maintient vraiment, il ballote dans l’espace, la tête part en arrière, il est plié sur lui-même dans la pesanteur.
De plus, ces porte-bébés ventraux placent généralement le bébé trop bas : la tête au niveau des seins, ce qui n’est absolument pas une position normale de contact. Et en effet, personne n’aurait l’idée de placer spontanément dans ses bras un bébé à cette hauteur !
Le visage du bébé, lorsqu’il est tourné vers le porteur, est plutôt spontanément placé au contact du cou de la mère ou du père et non au niveau du sternum.
On peut aussi se demander ce qu’il en est de la circulation sanguine dans les jambes de bébé au bout d’une heure de promenade. Avez-vous essayé de rester assis longtemps au bord d’une table ou sur un tabouret de bar, les jambes dans le vide ?

Au travers de toutes ces remarques, vous constaterez par vous-mêmes que très peu de porte-bébés sont réellement physiologiques.

A l’inverse, le porte-bébé doit permettre :

  • De remonter suffisamment les cuisses de bébé comme dans un portage traditionnel, au lieu d’avoir les jambes pendantes ; ainsi son dos sera tenu, il retrouvera la position fœtale et sera plus « compact » ; ne représentant plus un «levier» aussi important, il sera également moins pesant pour le porteur (moins de mal de dos).
  • De placer le bébé très haut, la tête au niveau du menton de la mère, pour un meilleur contact et pour moins tirer dans le vide et vers le bas
  • De plaquer le tout-petit contre le corps de sa mère, toujours pour le contact et pour éviter l’effet levier qui oblige la mère à se pencher en arrière
  • Que le porte-bébé soit adaptable à tout moment, en fonction de celui qui porte (de ses vêtements, de sa corpulence, de son attitude) et des vêtements de l’enfant
  • Un portage évolutif quand l’enfant grandit, avec les mêmes caractéristiques de placement et de maintien : tourné vers l’extérieur, sur le côté ou dans le dos, afin d’en faire un accessoire qui accompagne le portage dans le temps.

En effet, la poussette n’est pas toujours pratique, et les petits enfants qui marchent se fatiguent vite, s’endorment, s’arrêtent rapidement dans les escaliers.

Même si on pense ne plus avoir à porter, cela arrive bien plus souvent et bien plus longtemps qu’on ne le croit !